Dénombrement des biens du chapitre cathédral de Lyon, an 984 (copie du XIIe s.) - ADMR, 10G 1879
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Un village d'histoire
De la présence gallo-romaine à Saint-Cyr, il nous reste aujourd’hui de nombreux vestiges : la commune est traversée par l’aqueduc du Mont d’Or sur un parcours estimé à 4360 mètres ; on y a découvert des blocs de pierres gallo-romaines, certains avec des épitaphes, ainsi que quelques bronzes ; des tuiles gallo-romaines sont signalées à plusieurs reprises ; une épitaphe gallo-romaine a été découverte hameau de la Chaux (villa Calciensis) ; les vignes qui dominaient la partie inférieure du ruisseau d’Arche et du ruisseau Pomey à St-Cyr, encore appelées par les anciens « vignes romaines », suggèrent l’apparition de la vigne à l’époque romaine.
Il faudra attendre l’an 984 pour que le nom de St-Cyr apparaisse pour la première fois dans les possessions du chapitre de St Jean et des chanoines, Comtes de Lyon.
Le château quant à lui sera construit à partir de 1150. En 1306, il accueille le pape Clément V, qui y fait un séjour de quelques semaines. En 1642, c’est Louis XIII qui est reçu à St-Cyr, en l’honneur duquel une grande fête est donnée aux Ormes.
St-Cyr resta la propriété du chapitre de St Jean jusqu’à la Révolution de 1789 puis devint en 1790 l’un des 15 cantons de Lyon.
En savoir plus
984 : St-Cyr est nommée pour la première fois dans les possessions de l’Église métropolitaine de Lyon : ecclesia Sancti Cirici
1150 : construction du château. Le châtelain était chargé de la défense des habitants et de l’administration de la Justice qui relevait de la Juridiction des Chanoines Comtes de Lyon. Le dernier Seigneur mansionnaire du château de St-Cyr fut le Chanoine Prangins de Pingon de 1753 à 1790.
1306 : séjour du Pape Clément V au château de St Cyr, du 12 février au 6 mars.
1341 : construction d’un premier ermitage au Mont Cindre joint à une chapelle placée sous l’invocation de Notre-Dame Reine des cieux.
1422 : après leur victoire sur les troupes de Charles VII, les Anglo-Bourguignons envahissent le Mont d’Or. Le château de St-Cyr est pillé et brûlé.
1573 : « St-Cire au mont d’or, l’église dans un fort, est situé au pied du Mont-d’or, abondant en bons vins, quelque peu de blés, foins et fruits et les plus belles et riches carrières à tirer grandes pierres de taille, à faire tables, marches et autres ouvrages d’architecture de tout le Lyonnais et il y a plusieurs belles fontaines à Messieurs de St-Jehan » (Nicolas de Nicolay, Description de Lyon et du Lyonnais)
1642 : visite royale de Louis XIII le 2 juillet. Une grande fête est donnée aux Ormes.
1720 : au recensement, St-Cyr se trouve au premier rang des communes après Lyon. On compte 1 feu pour cinq personnes. Lyon : 7 780 feux ; St-Cyr : 406 feux.
1790 : le 25 février, St-Cyr devient un des quinze cantons de Lyon.
1790 : En janvier, le premier maire élu par la municipalité est Jean Loras de la Croix-des-Rameaux.
1793 : le 10 octobre, 200 Lyonnais contre-révolutionnaires menés par le général de Précy, fuyant la répression, font irruption à St-Cyr. Ils s’affrontent aux Ormes à l’armée républicaine. La municipalité décomptera 15 morts qui seront enterrés sur place.
En décembre, Saint-Cyr-au-Mont-d’Or devient Montcindre jusqu’à l’arrêté des Consuls du 9 Fructidor de l’An IX (1801), qui fait réapparaître les anciennes dénominations. La commune est le siège de la municipalité de canton qui regroupe Saint-Rambert l’ile Barbe, Collonges, Caluire-et-Cuire, St-Didier, Ecully et Dardilly.
1836 : par une ordonnance royale (Louis-Philippe) en date du 15 février, il est décidé d'accéder à la demande de la commune de St-Rambert-l’Ile Barbe d'annexer une partie de la commune de St-Cyr, qui perd les territoires de Vacques et de la Sauvagère, ainsi que deux ports sur la Saône... Le conseil municipal démissionne en protestation.
1872 : bénédiction de la nouvelle église St Cyr et Ste Juliette.
1895 : construction du clocher de la nouvelle église.
1898 : arrivée du tramway à St-Cyr. Il fonctionne jusqu’en 1950 lorsqu’il est remplacé par des trolleys bus
1906 : pourparlers pour l’éclairage électrique de la commune.
1911 : inauguration de l’école laïque du Bourg le 27 août par Jean-Victor Augagneur, député du Rhône et ministre des Travaux publics.
1913 : demande de classement comme monuments historiques de la tour féodale et du vieux clocher.
1931 : installation de la première pompe de distribution d’essence
1942 : installation de l’Ecole Nationale de Police dans l’ancien pensionnat des Ursulines
1952 : inauguration de la fresque de Louis Touchagues à la chapelle du Mont-Cindre
1966 : le 2 juillet, la mairie s’installe dans la maison donnée par testament par Jean et Catherine Reynier, qui n’avaient pas d’héritiers.
1969 : entrée de Saint-Cyr-au-Mont-d’Or dans la communauté urbaine de Lyon
1984 : fête du millénaire de St-Cyr
1990 : inauguration de la salle polyvalente de la Source et installation de la bibliothèque à la Source.
2003/ 2005 : construction de la nouvelle école publique élémentaire de Champlong
2005 : lors de la restauration de la salle des Vieilles Tours, découverte de fresques du XVe très abîmées par un piquetage au XVIIIe siècle.
2010 : jumelage avec le village de Bolano en Ligurie (Italie)
2015 : Saint-Cyr-au-Mont-d’Or fait partie de la Métropole de Lyon
2021 : inauguration du nouvel Espace Culturel Louisa Siefert, près des Vieilles Tours.
2023 : restauration et réouverture au public du jardin de rocaille de l’ermitage du Mont Cindre
St-cyr-au-mont-d-or - sommaire 2 - 1-1 : Vues anciennes de la place
La place de la République, ancienne place neuve, et le tramway - album mairie – Photo Focale des Monts d’Or
La place de la République, ancienne place neuve, et la station de tramway - album mairie – Photo Focale des Monts d’Or
La place de la République, ancienne place neuve, le tramway et l'attelage du charbonnier - Yves Dupré la Tour, 2011
La diligence et le poids public - Dr Gabourd, 1967
Le Mont Cindre, le comptoir et l'école publique après 1911 - album mairie – Photo Focale des Monts d’Or
St-cyr-au-mont-d-or - sommaire 1 - 0-1 : Un village d’histoire 3 - 1-2 : L’affaire des dames Gayet
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L’affaire des dames Gayet
Nous sommes en 1860, en plein été, le matin du 14 août vers 6h, à Saint-Cyr-au-Mont-d’Or, ville de 1750 habitants environ à l’époque, sur la place qui est devant vous. L'été a été très chaud, il a fait jusqu'à 38°, et l'orage a éclaté dans la nuit, avec éclairs et tonnerre, déversant des trombes d'eau sur les milliers de personnes (entre 30 et 40 mille), venues depuis plusieurs jours pour certaines, de Lyon et la Croix Rousse. Toutes veulent voir monter l'échafaud sur la place Neuve, place qui vient juste d'être créée et aplanie après le comblement du fossé, sous le château fort. Partout, les gens ont envahi l'espace, les balcons, les terrasses sont prises d'assaut ainsi que les arbres dont des branches cèdent sous le poids ; les champs sont ravagés, les récoltes pillées. Tous sont trempés par la pluie ; les auberges sont bondées, des vendeurs à la sauvette proposent des limonades et des gâteaux. La foule, empilée à droite de l'échafaud ondule au-dessus des baïonnettes des fantassins. Telle est l'ambiance ce matin-là, lorsqu'on voit arriver sur le coup des six heures le convoi cellulaire amenant les condamnés et leurs bourreaux, ainsi que trois aumôniers, escortés par des gendarmes et précédés par des dragons de l'armée impériale. Le fait est que les condamnés sont de St-Cyr, et que le forfait qu'ils ont commis n'est pas près d'être oublié par la population.
Les dames Gayet pendant leur dîner - Dr Gabourd, 1967
Le 14 octobre 1859, un impressionnant orage éclate sur les coups de 19 heures, traditionnelle heure du dîner pour les Dames Gayet, Marie (72 ans) la grand-mère, Jeanne-Marie (39 ans) la mère et Pierrette (13 ans), la fille. Les deux premières sont veuves, elles vivent tranquillement dans une ferme, ont bonne réputation et une belle somme d’argent, 60 000 francs environ. Tout le monde se connaît, tout se sait dans un village. Le 16 octobre, un voisin remarque que les volets sont restés fermés. À l’intérieur de la petite maison du Canton Charmant, aujourd’hui rue Ampère, la maison est en désordre, les lits ne sont pas défaits et c’est un bain de sang. Les trois femmes ont été assassinées, à coups de caillou, de couteau ou de doloire, une sorte de hachette avec un manche, utilisée pour les vignes. Le légiste date le crime au 14 octobre, juste après le souper.
Très vite les gendarmes identifient trois suspects, trois St-Cyrots : Jean Joannon, Jean-François Chrétien et Antoine Deschamps. Le premier est accusé d’être l’instigateur. Joannon, avait travaillé pour les Dames Gayet dans leur ferme et avait demandé la main de Jeanne-Marie qui l’avait éconduit. Quant à Chrétien et Deschamps, ils sont les héritiers les plus proches de ces dames. Le 10 mars 1860, Chrétien avoue tout. Aveux amplifiés par d’énormes incohérences dans les emplois du temps des trois suspects et par la découverte de montres ayant appartenu aux dames Gayet, vendues par Chrétien à un horloger de Vaise.
Arrêtés, les trois complices et les femmes de Deschamps et Chrétien comparaissent à la cour d’Assises de Lyon au milieu du mois de juin 1860. 82 personnes témoigneront devant le jury. Les coupables se rejettent la faute les uns sur les autres. En juillet, les trois hommes sont condamnés à mort. Le 14 août 1860, vers 6 heures du matin, ils sont guillotinés sur la place publique de St-Cyr devant des milliers de personnes, venues assister à ce macabre spectacle. « Il y a plus de monde qu’à une vogue », aurait dit Deschamps, alors que Joannon, lui, clamait toujours son innocence.
Le curé de l’époque, François Bailly, accompagna les suspects tout le long du procès et jusqu’à leur mort, parce qu'ils étaient ses paroissiens et qu'il connaissait bien leurs familles. Il finit sa charge à St-Cyr affaibli et rendu malade par cette affaire.
Le métier de bourreau, la peine de mort
Les exécutions étaient pratiquées par les bourreaux. On nommait le bourreau « exécuteur des arrêts de justice » ; pendant longtemps on l'a appelé « opérateur » ou « maître des basses et des hautes œuvres ».
Jusqu'au XVIIIème siècle, le bourreau et sa famille étaient obligés de loger « hors les murs » de la ville. Paradoxalement, l'opinion publique favorable à la peine de mort fut toujours hostile au bourreau.
Dès la Révolution, la réhabilitation du bourreau, le rend citoyen actif, électeur et éligible. Les familles des bourreaux s'érigent alors en castes d'intouchables et deviennent propriétaires de leur fonction. Le bourreau obtient un salaire « à l'exécution, qui ajouté à l'abonnement pour l'entretien du matériel, lui assure des revenus non négligeables.
Fin des exécutions publiques : 24 juin 1939
Dernière exécution à la guillotine : 1977 (Eugène Weidmann à Versailles)
Abolition de la peine de mort : 9 octobre 1981 par Robert Badinter, Ministre de la Justice sous François Mitterrand.
St-cyr-au-mont-d-or - sommaire 2 - 1-1 : Vues anciennes de la place 4 - 2-1 : Le Mont d’Or, montagne de l’or ?
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Carrière de la Bussière - Photo A. Milliand, 2023
Le Mont d'Or, montagne de l'or ?
Peut-être vous interrogez-vous sur la signification du nom « Mont d’Or », dont notre village a hérité ainsi que les communes environnantes ?
Mont d’Or pourrait venir de la racine latine « mons aureus », évoquant la couleur dorée des pierres. Même s’il n’y a pas d’or dans nos montagnes, la légende de l’or accumulé par un certain Licinius mérite d’être racontée.
Né au pied de la montagne de Tarare, Licinius est un Gaulois d’abord captif et esclave de Jules César, qui l’affranchit, et qui devient gouverneur de Lugdunum sous le règne d'Auguste...
La scène se passe au nord du Mont d'Or, dans la propriété d'été de Licinius.
Licinius, procurateur, pressure les Gaulois sur la collecte des impôts au-delà des limites imaginables. On prétend même qu’il avait introduit quatorze mois dans l’année pour augmenter le rendement des impôts. Exploités, les Gaulois adressent une réclamation à Auguste. Mais Licinius est trop habile pour se laisser prendre au dépourvu. Il invite l’empereur dans sa splendide propriété du Mont d'Or et lui montre le trésor contenu dans ses caves : il y a là des monceaux d'or. Licinius dit à l'empereur : « Majesté, tout cela est à vous… Cet or était une arme dangereuse entre les mains des Gaulois, qui détestent Rome et les Romains. Je le leur ai enlevé pour vous le remettre comme au maître à qui tout appartient. » Auguste, charmé de cet immense présent, accepte l’or et laisse à son subordonné son palais et ses domaines. Depuis ce moment, le Mont proche de Lugdunum s'appelle le Mont d'Or, et l'endroit où Licinius -devenu Luzin- cachait son trésor n'est autre que le Montluzin, un lieu de Chasselay où l’on a trouvé des restes romains.
St-cyr-au-mont-d-or - sommaire 3 - 1-2 : L’affaire des dames Gayet 5 - 2-2 : Le Mont d’Or, montagne de l’eau ?
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Bachat de la fontaine Galand - Photo A. Milliand, 2010
Le Mont d’Or, montagne d’eau ?
La vieille racine celtique Dwr, dor, dour signifiant l'eau, le Mont d'Or pourrait être la montagne de l'eau ou des sources, hypothèse qui est aujourd’hui privilégiée.
La géologie du massif des Monts d’Or est en effet propice à la rétention d’eaux souterraines, aux sources et ruisseaux, que nos anciens ont su exploiter depuis longtemps. Le grand nombre de captages et leur débit variable expliquent la présence de nombreux puits à eau claire, citernes, fontaines et lavoirs.
Un premier réseau hydrographique était constitué par les rivières et les ruisseaux du Mont d'Or, et un deuxième, par les aqueducs bâtis ou creusés de main d'homme, tous alimentés par des captages, de surface pour les aqueducs, comme l'aqueduc romain, ou de profondeur pour les aqueducs profonds.
Nicolas de Nicolay mentionne dès 1573 à St-Cyr « ces belles fontaines à Messieurs de Saint-Jean », c’est-à dire appartenant aux chanoines de la cathédrale St-Jean.
Dans cette ancienne civilisation de l'eau gravitaire, on construit la maison sur l'eau mais, sauf exception, on n'apporte pas l'eau dans la maison comme on le fait aujourd'hui.
Une maison de la Croix-des-Rameaux vers la Tomacine, possède une cave-remise et dessous, une cave-citerne pour stocker d'eau.
Lorsque l'eau n'arrive pas d’elle-même exactement dans la maison ou dessous, elle arrive aux abords immédiats avec les bachats, c’est-à-dire des bassins en pierre, les sources, les fontaines, un lavoir ou un vivier. Ainsi, l'eau est à portée de main pour les usages domestiques et agricoles.
Au XIXe siècle, on compte à St-Cyr pas moins de dix fontaines à eau pour l'usage domestique, dont celle très ancienne de la Chaz encore photographiée au début du 20ème siècle, située sur l’ancienne « place Neuve », aujourd’hui place de la République. Un pavillon hexagonal recouvrait cette vieille fontaine publique, qui remplace la « boutasse » où, avant 1860, la population vient puiser l'eau potable avec des seaux.
Il y a de même de nombreux puits banaux, qui servent à toute la population du hameau et sont mis à disposition par le Seigneur. Enfin St-Cyr compte au moins 10 lavoirs publics. La vie du village passe par eux, bonnes et mauvaises nouvelles s'y échangent.
Fontaines, puits et lavoirs
Fontaine Lassalle ap.1906 - album mairie – Photo Focale des Monts d’Or
Outre la fontaine de la Chaz, située sur l’ancienne place Neuve (Place de la République), on peut citer la fontaine Galand également nommée par le passé fontaine Pétozan ou du château, place St Quentin ; la fontaine de la place Lassalle, offerte par Nicolas Lassalle en 1905, aujourd'hui désactivée ; la fontaine de Tarenceux ou Tarency à la Jardinière aujourd'hui comblée, ; la fontaine du Puits des vignes, dont la pompe a été récemment supprimée ; la fontaine du puits de Nandron sous l'Ermitage qui fournissait une eau entre 1 et 7° toute l'année etc...
Un puits et sa roue –rue Cl. Fouilloux à St-Cyr - Photo S. Maurice
De même St-Cyr comptait des puits à eau claire, dont celui du jardin de l'ancien presbytère avec son toit en tuiles vernissées, le puits de la Bussière, celui de la Jardinière, celui de Nervieux qui étaient mis à la disposition de la population.
Quant aux lavoirs publics, certains recevaient l'eau d'un captage (Greffières, Gasses, Mont-Thou, rue du Lavoir, Braizieux, Couter, rue Gabriel Péri), d’autres étaient au fil de l'eau comme celui du Pomet ou celui des Combes.
Chanson "Le lavoir" de Pierre Dupont - Création doc. mairie St-Cyr
Pierre Dupont, 1821-1870
Poète et chansonnier lyonnais engagé, il est élevé par son oncle, curé de Rochetaillée. A Paris, devenu rédacteur du dictionnaire de l'Académie Française, il côtoie Nerval, Hugo et Baudelaire, qui préfacera le recueil de ses chansons, notamment la célèbre complainte des carriers Couzonnais.
Ayant participé à une barricade lors de la Révolution de 1848, il est condamné, puis gracié, et restera le chantre de la condition ouvrière.
L’aqueduc du Mont d’Or
Aqueduc du Mont d'Or – St-Cyr, Montluc - Photo M. Gaillard, 2006
Peu de temps après la mort de Jules César, une colonie est fondée pour les citoyens romains expulsés de Vienne, sur la colline qui domine le confluent de la Saône et du Rhône. Lugdunum est née. Nous sommes en 43 avant Jésus-Christ.
Résidence du légat impérial, la ville doit témoigner de la grandeur de Rome et de l'Empire. Les grands équipements urbains des romains, forum, basilique, temple, théâtre, thermes, cirque... en imposent par leurs dimensions et leur luxe.
Si les artisans installés dans les quartiers bas (160-170m) se contentaient de l'eau de la rivière, celle-ci ne pouvait convenir pour la ville haute (250-300m) où l'on voulait une eau courante de qualité. Malheureusement, les ressources locales sont faibles : quelques puits et des citernes recueillant l'eau de pluie ont été trouvées...Mais les habitants voulaient une eau pure, abondante et courante. Ils la cherchèrent dans les trois montagnes qui ferment l'horizon sur la rive droite de la Saône. Ainsi, naquirent quatre aqueducs qui, par leur ampleur et leur technicité, suscitèrent l'admiration.
Au nord, le petit massif du Mont d'Or, culmine à 625 m. D'épaisses couches calcaires, relevées et faillées, sont intercalées avec des marnes qui donnent des venues d'eau inégalement réparties. Les sources principales sont dans la vallée de Poleymieux, au pied du Mont Thou, et dans le vallon de Saint-Romain, entre Mont Thou et Mont Cindre.
Ici fut construit, entre 10 avant et 10 après Jésus Christ, le premier et le plus court des quatre aqueducs (26km), celui du Mont d'Or, qui présente une pente de 1,4m par kilomètre pour un débit de 4000 m3 par jour. Prenant sa source à l'altitude de 372m, son altitude à l'arrivée dans le quartier des Minimes est à 260m. Il s'alimente à la source du Thou, encore appelée de l'Antoux, en contrebas du hameau des Gambins, à Poleymieux. De là il contourne la colline vers Couzon, puis descend dans le vallon d'Arches à St Romain en recueillant de nombreuses sources au passage (dont une est encore visible), puis passe au-dessous du Vieux Collonges (Aquaria), puis à St-Cyr (Mercuire, Nervieux, les Auges, Montluc, Chatanay, le Monteillier) et de St-Didier file vers Champagne et Ecully, où il traversait le ruisseau des Planches par un pont-siphon. Il arrive finalement dans le quartier des Minimes après avoir remonté l'éperon de Montribloud et coupé l'ancien chemin de fer de Vaugneray, la rue Barthélémy Buyer et le centre des Massues.
Coupe aqueduc du Mont d'Or - Laurent Michel, 2005
C'est un canal maçonné de section rectangulaire, en faible pente, où l'eau coule par gravité à vitesse modérée. Le fond (radier) et les côtés (piedroits), sont couverts d'un enduit hydraulique étanche fait de mortier de chaux, de sable et de terre cuite concassée. Il est couvert de trois rangées de pierres en encorbellement. La prouesse technique qui le caractérise est le franchissement de deux vallées (vallon des Rivières entre St-Didier et Champagne et vallon du ruisseau des Planches à Ecully) par des ponts-siphons garnis de tuyaux de plomb.
Les galeries d’eau
Le massif du Mont d'Or recèle de très nombreuses galeries que les anciens ont creusées et aménagées dans le but de capter les eaux souterraines, de drainer les sols, ou encore d'exploiter un filon minier. 127 galeries de captage ont été recensées en 1993 par Michel Garnier, historien du Mont d'Or. La géologie du Mont d'Or et son occupation humaine ancestrale expliquent ce grand nombre : le Mont d'Or peut être assimilé à un « mille-feuilles géologique » dont l'alternance de couches calcaires fracturées et de couches marneuses imperméables, est propice à des rétentions d'eau souterraines. Les anciens ont su capter ces eaux en creusant des galeries pour atteindre des zones aquifères. L'eau n'avait plus qu'à s'écouler par gravité pour s'évacuer à l'air libre.
St-cyr-au-mont-d-or - sommaire 4 - 2-1 : Le Mont d’Or, montagne de l’or ? 6 - 3-1 : Description du château
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Reconstitution du château de St-Cyr - Laurent Michel, 2005
Description du château
Construit au XIIème siècle, possession de l'archevêque et des chanoines de St Jean, ce château est le premier maillon d'une puissante ligne de défense entre Lyon et Anse. Il reflète le durcissement du conflit entre les Seigneurs du Forez et l'Archevêque de St Jean pour le titre de Comte de Lyon.
Sur une surface de 3 700 m², il conserve des vestiges de l’ancienne enceinte, le vingtain, son donjon et ses portes de la deuxième moitié du XIIe siècle, la maison de l’ancienne obéance, c’est-à-dire du chanoine, l’enclos où se réfugiaient les habitants en cas de danger, une ancienne église romane des XIe-XIIe siècle et quelques maisons de la fin du Moyen Âge.
Imaginez ce château-fort, sur son rocher-promontoire, avec ses imposantes tours et ceinturé de carrières vertigineuses. Il se composait d’un quadrilatère flanqué de cinq tours et protégé d’épaisses murailles.
Le donjon, grande tour carrée, faisait une trentaine de mètres de hauteur à l’origine. Il aurait été découronné de 6 mètres au XVIIIe siècle car il menaçait ruine. Il perdit encore quelques mètres en 1881 et ne dépasse pas aujourd’hui 19,50m. En temps de guerre, le guetteur, qui se tenait au sommet, sonnait du cornet à bouquin à la vue de l’ennemi.
Quatre autres tours défendaient le château :
- Une tour carrée, dite à la Pennelle, à l’angle sud-ouest, ainsi nommée parce qu’elle portait l’oriflamme (ou « pennon ») des Seigneurs de St-Cyr. Cette tour surmontait la place publique, actuelle place du général de Gaulle. On la désignait des noms de la Girette, de la Geôle et plus tard du Ratier et du Colombier.
- Une tour carrée à l’angle sud-est du château, en arrière de la pharmacie actuelle, désignée du nom de Vaux ou de Valier, peut-être parce que, située sur le penchant rapide de la colline, elle dominait les vallées du midi.
- Une tour carrée à l’angle nord-est, toujours existante bien que raccourcie en son sommet
- Enfin, une tour ronde, entre l’entrée nord devant laquelle vous êtes passé et le donjon, désignée « tour ronde qui est en face du Mont-Cindre ». Elle fut détruite en 1830, en raison d’un projet d’agrandissement du vieux cimetière.
Un système défensif utilisant la topographie
Château-fort de St Cyr, gravure de Combet-Descombes, Mathieu Varille, 1925
Le côté sud du château, moins étendu que le côté nord et surplombant une pente très raide, possédait seulement deux tours, tandis que le côté nord où vous vous trouvez, un peu plus long, en avait trois. De plus, en arrière de la tour ronde, se trouvait une tour carrée formant le clocher de la vieille église.
L’enceinte n’est malheureusement que très partiellement conservée. Certaines parties ont disparu au cours des siècles : des pans de murailles s’effondrèrent en 1586 et 1660 ; d’autres ont été détruits en 1834 pour agrandir le cimetière ou construire l’école de filles ; quant aux parties conservées, elles ne sont plus guère visibles, car cachées par les maisons alignées le long des remparts.
On ignore donc si les remparts et les tours étaient crénelés, s’il existait des échiffres (guérites de bois), des mâchicoulis (galeries de pierres) ou encore un hourd (défense en bois au sommet d'une tour) ; un devis du XVe siècle fait état de ce type d’aménagements mais il semble qu’il n’ait jamais été suivi d’effet.
Si l’on se fie à des plans du XVIIIe siècle, les tours se trouvaient dans le prolongement des remparts, bien que des tours en saillie sur le mur d’enceinte auraient assuré une meilleure défense.
Ce système défensif était complété par des fossés, entourant le château au nord, à l’ouest et à l’est, le sud dominant des pentes très raides.
Aimé Vingtrinier, 1812 -1903 Lyon
Aimé Vingtrinier - Wikipédia
Né à Lyon, près de la place Bellecour en 1812, il passe son enfance au château de la Barre près d'Ambérieu chez sa grand-mère, où il fait connaissance avec le monde paysan. Il passe ses années de collège comme pensionnaire à Poncin dans l'Ain. A Lyon il assiste à la révolte des Canuts de 1830 puis voyage à Paris et en Normandie.
D'abord pelletier, puis promoteur immobilier pour la Société Bonnet-Vingtrinier en 1829, il va se reconvertir en agent d'assurances.
En 1852, il achète l'imprimerie Boitel de Lyon qui emploiera jusqu'à 70 personnes. 30 ans plus tard, il devient bibliothécaire en chef de la Bibliothèque de Lyon, où il restera pendant plus de 20 ans. Durant cette période, il publie de nombreuses revues, des chroniques dans les célèbres « Zigzags Lyonnais autour du Mont-d’Or », de nombreux livres sur la région du Bugey, ainsi que des poèmes.
St-cyr-au-mont-d-or - sommaire 5 - 2-2 : Le Mont d’Or, montagne de l’eau ? 7 - 4-1 : La vieille église
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La vieille église
Quand le curé Ranchon arrive à St-Cyr en janvier 1752, il trouve une église en piteux état.
Pendant les dix dernières années, trois curés se sont succédé et n'ont pas pu entreprendre de grandes réparations, faute de temps. L'abbé Duplain dresse au XIXe siècle le tableau suivant : « l'état de délabrement dans lequel il trouvait son église offrait bel emploi à son activité intelligente, et de fait, des réparations continues vinrent transformer l'édifice. »
En 1753, le curé Ranchon crée pour son église une nouvelle porte dans le vingtain, en abattant en partie le talus : « au mois d’avril, nous avons fait poser une grande porte toute neuve, tant pour les tailles, pour les bois, que pour les ferrures. Les frais ont été faits presque en entier par le frère Claude, garde-chapelle du Mont-Cindre. Les anciennes portes ont été murées. »
Armoire, coffre-fort, confessionnal, buffet et partie du pavé sont à faire.
Pendant l'année 1754, le curé Ranchon ne relâche pas ses efforts : « le sieur curé n'a rien négligé pour faire contribuer Messieurs les bourgeois aux réparations de l'église. De tous les environs, l'église de Saint-Cyr est la plus pauvre, attendu que depuis 80 ans il ne s'y était rien fait : une grange mal couverte ressemblait à cette église ; point de linge dans la sacristie, deux vieux coffres et une chaise servaient de confessionnal et d'entrepôt pour tout. Les deux caves de l'église ont été creusées par les habitants et le sieur curé a payé les ouvriers et les cadettes qui sont dessus, c’est-à-dire le dallage, attendu qu'il n'y avait que de la terre... ». Toujours en 1754, « Les fonts-baptismaux sont faits à neuf ainsi que les ampoules en argent, et tout le reste. La sacristie a été presque boisée en chêne en entier, aux dépens du sieur curé, qui prie son successeur de ne pas l'oublier dans ses prières. »
« Le pavé et les marches ont été posés devant les principales portes de l'église par les soins du curé ». Les pierres employées à ce travail, d'après l'abbé Duplain, sont prises à la grande tour, « qu'on aurait alors découronnée de 18 pieds, sans doute parce que le sommet menaçait ruine ».
« On travaille à faire faire une sacristie au fond de l'église, ainsi qu'à faire ranger le cimetière qui est sans barrières, semblable au Mont-Cindre... »
En 1755, il faut réparer la cure qui « est tombée en ruine par la chute du toit. Le sieur curé Ranchon a fait couvrir partie du bâtiment pour y tenir un maître d'école, et ce du consentement par écrit des habitants... »
En 1757, le Sieur curé a fait mettre en bon état le toit (du clocher) avec la poutre qui traverse, a fait blanchir, crépir le dehors dudit clocher qui avait une quantité de corruptions dans les murs : item a fait paver la voûte sur laquelle se tiennent les sonneurs et enfin a fait piquer et renduire le chœur en entier, attendu qu'il était fort noir.
L’an 1759, en janvier, le Sr Ranchon curé a fait faire le mur qui enclot le cimetière ainsi que la porte dans le mur du vingtain, le tout à ses frais. On a aussi nivelé le terrain dudit cimetière, ainsi le tout est en bon état.
Et le curé Ranchon de terminer par cette constatation épicurienne :
« Il s'est dépensé plus de 3500 livres en réparations de 1753 à 1754, sans comprendre les voitures de pierres, les enlèvements de terre faits par les habitants gratis, avec le vin du Sieur Curé qui n'a point manqué. Ora, rector, pro benevolo pradecessore tuo. ». (Priez pour votre bienveillant prédécesseur)
Jean-Baptiste RANCHON, Curé de St-Cyr de 1752 à 1792
Jean-Baptiste RANCHON, naît à St Chamond le 26 août 1722, chez Jean-Baptiste Ranchon, Maître tanneur et cordonnier à St Chamond et Marie Badard.
Ordonné prêtre à 23 ans le 17 décembre 1746, par Mgr Nicolas Navarre, évêque de Lyon, et après avoir été vicaire à St-Didier et à Fourvière, il prend possession de la cure de St-Cyr au Mont d'Or début janvier 1752. Il a alors tout juste 30 ans. Il y restera jusqu'en 1792, où il finit membre du conseil général de la commune de St-Cyr en 1792-93.
Pendant les quarante ans où il officia comme prêtre-curé à St-Cyr, Jean-Baptiste Ranchon fixa, par écrit, tous les évènements qui se produisaient à St-Cyr et au-delà des limites de sa paroisse. Ces pages écrites sans prétention historique mais avec un regard assez indépendant sur les faits d’importance générale, forment un chapitre passionnant de l'histoire de St-Cyr et du Lyonnais.
Il décède à St-Cyr le 26 août 1805, à l'âge de 83 ans. Il a donc traversé la Révolution, où, même pendant les plus mauvais jours, il ne fut pas inquiété, soit à cause du serment qu'il avait prêté à la constitution civile du clergé, soit à cause de l'affection qu'il avait inspirée aux habitants du village.
Les nombreux succès qu'il remporta dans les procès qu'il eut à soutenir contre les chanoines de St Jean ou son fermier de St-Cyr, nous montrent qu'il était un homme fort entendu dans les affaires, bien aidé par son frère, avocat à Paris.
Les modifications de l’église au fil des siècles
Elévation nord de l'église - conception J.F Reynaud, DAO M. Baudrand
Probablement du XIe siècle, donc antérieure au château, la vieille église aurait pu déterminer l'orientation des remparts.
Dans son état actuel, elle a conservé l’essentiel de sa structure romane. De cette époque, on observe une nef en pierres des Monts d’Or dont sont bien visibles les pierres blanches du chaînage d’angle de l’ancienne façade. En effet, l’église a été agrandie vers l’ouest, peut-être une première fois en 1658 et de façon certaine en 1762 par le Curé Ranchon, qui fit également percer quatre grandes fenêtres dont deux dans la nef ancienne et deux dans l’agrandissement.
Vue du nord de la nef, avec chainage d’angle de l’ancienne façade - Photo Focale des Monts d’Or
Plus à l’est, s’étend une travée de chœur, plus large que longue. Elle aurait été construite en plusieurs temps jusqu’à la coupole, surmontée d’un puissant clocher dont la construction a été renforcée par des contreforts à l’extérieur et des arcatures latérales à l’intérieur.
La coupole de construction maladroite est peut-être le fruit d’une reconstruction de même que les parties hautes du clocher qui pourraient remonter au XVIe siècle.
On enterrait les morts dans l’église où l’on distingue encore au sol plusieurs pierres tombales du XVIIIe siècle. Jusqu’en 1856, le cimetière s’étendait au nord de l’église.
Après achèvement de la nouvelle église Ste Juliette en 1872, l’agrandissement ouest de l’ancienne église est transformé en école publique en 1880. Puis, en 1923, l’intégralité de l’ancien bâtiment devient une salle des fêtes.
Vue intérieure abside et travée de chœur - Photo Focale des Monts d’Or
La restauration du début des années 2000 a mis au jour une superposition de fresques dans l’abside et un décor géométrique dans la travée de chœur. Dans les parties hautes de l’abside, on devine le Christ en gloire entouré de deux demi-lobes qui devaient abriter des évangélistes (XIIIe-XIVe siècle), puis un décor géométrique ocre rouge et ocre jaune plus récent (début XVIe siècle) sur l’arc triomphal, à l’entrée de l’abside. Dans les parties basses de l’abside fut à nouveau peint un Christ en majesté. On distingue bien dans des médaillons deux animaux ailés symbolisant deux des quatre évangélistes (XVIe-début XVIIe siècle).
St-cyr-au-mont-d-or - sommaire 6 - 3-1 : Description du château 8 - 4-2 : L’ancien cimetière
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Plan de la cour du château et ancien cimetière, 1881 - Archives municipales de St Cyr
L'ancien cimetière
Au Moyen-Age, les inhumations se font à l'intérieur et autour des lieux de culte. A St-Cyr, à l’époque médiévale, le vieux cimetière se situe donc autour de vous, au pied de l’ancienne église. Il s’étend même vers 1850 jusqu’autour du donjon. C’est un lieu de réunion et d'échange, une sorte de place du marché, jouxtant les lieux habités, où cohabitent les vivants et les morts.
Au cours de la 2ème moitié du XVIIIe siècle, avec les progrès de la médecine, apparaissent des préoccupations hygiénistes quant à la putréfaction des corps et aux odeurs nauséabondes engendrées, soupçonnées d’être nuisibles à la santé.
En 1804, le décret impérial sur les sépultures, promulgué par Napoléon 1er à St Cloud, établit que les cimetières doivent être déplacés à plus de 40 mètres de l’enceinte des villages et que les tombes doivent être égales pour éviter toute discrimination entre les défunts.
A St-Cyr, la municipalité de l’époque ne se précipite pas pour appliquer ce décret. Bien au contraire, en 1829, elle projette l’agrandissement vers le nord du vieux cimetière médiéval, vend aux enchères et fait abattre sept noyers qui avaient été plantés dans les anciens fossés du château et raser l’ancienne tour ronde incluse dans le mur de fortification. Pour un agrandissement qui ne se fera finalement pas !
En 1841 en effet, une habitante de St-Cyr, la veuve Campora, dont la maison jouxte le cimetière et qui estime que celui-ci lui apporte des nuisances, s’impatiente de l’immobilisme de la municipalité. Elle monte une pétition demandant l’application du décret impérial de 1804, resté lettre morte à St-Cyr comme dans de très nombreuses communes françaises, et la translation du cimetière pour des raisons de salubrité publique. La mairie, via son maire Jean Rivoire, traîne les pieds…
C’est en 1853 seulement que la mairie, sous la pression du Préfet et des habitants, se décide enfin à convoquer « les plus forts contribuables » de St-Cyr et à faire voter par le Conseil Municipal une imposition extraordinaire pour la translation du cimetière. Le choix se porte finalement sur la colline de Montluc, au sud du village, couverte de vignes et de vergers et orientée plein sud.
50 ans se sont écoulés depuis le décret impérial de 1804 !!
Remarquez la stèle incluse dans le mur est de l’esplanade, qui perpétue le souvenir de notre ancien cimetière.
Stèle Challiet Apolline, 1830-1843- ancien cimetière - Photo Focale des Monts d’Or
L’évolution des inhumations au fil du temps
Sous l'antiquité gallo-romaine il existait de grandes nécropoles hors-agglomération.
Dès le IV-VIème siècle naît une nouvelle organisation des sépultures à l'intérieur et autour des basiliques funéraires. Ces nécropoles étaient situées à l’extérieur de la ville. Au Moyen-Age, les sépultures se regroupent dans et autour des églises paroissiales urbaines et rurales dans le « cemeterium », « l’enclos où l’on dort », en attente de la résurrection. Le cimetière regroupe des tombes individuelles alors que les familles nobles, les riches bourgeois ou les confréries, se font construire des chapelles accolées à l’église. Il est au centre de la vie publique, placé au milieu des habitations, dans un esprit de familiarité avec la mort. Cette cohabitation des vivants et des morts est considérée comme un fondement de la société féodale.
Au cours du XVIIIe siècle, les inhumations dans les églises menaçant leur solidité et posant des problèmes de salubrité intérieure, on s’efforça d’y remédier par la construction de caveaux et de cryptes sous les dalles des églises.
A St-Cyr, le curé Ranchon a pratiqué de nombreuses inhumations dans le chœur de l'église, jusqu'en 1789 au moins. On retrouve sur des testaments de St-Cyrots, la volonté d’être enterré dans l'église, dans le caveau familial ou "vas", souvent détenu par les familles de notables ou les propriétaires terriens. On y inhumait aussi bien les chefs de famille, que les épouses ou leurs enfants. Ainsi, en 1752, à St-Cyr, les actes de décès indiquent 22 inhumations dans l'église, pour 70 inhumations au total.
On peut encore admirer des pierres tombales dans le sol de la vieille église de St-Cyr.
Déclaration royale de 1776, Bibliothèque Nationale de France
La campagne hygiéniste qui s’amorce au XVIIIe siècle va conduire à la déclaration royale de 1776, le seul grand texte de législation funéraire produit par la monarchie d’Ancien Régime, qui dénonce un double danger pour la santé des populations : l’inhumation à l’intérieur des lieux de culte et la présence des cimetières à l’intérieur des agglomérations. Dans les deux cas, le risque serait le même : l’air confiné de l’édifice sacré ou du cimetière encastré dans la ville se charge de miasmes, se corrompt, émet une « odeur méphitique » qui s’insinue dans les organismes par les pores de la peau et la respiration et provoque des maladies graves. Il est cause « d’épidémies » au sens de l’époque. La question de la présence des morts dans les églises et de celle des cimetières dans les agglomérations devient un des enjeux des politiques naissantes d’assainissement et d’hygiène.
La déclaration royale du 10 mars 1776 va donc interdire l’inhumation dans l’ensemble des lieux de culte, des exceptions étant cependant admises sous certaines conditions pour « les archevêques, évêques, curés, patrons des églises et hauts justiciers et fondateurs des chapelles ». Elle enjoint également le transfert des cimetières hors de l’enceinte des habitations des villes, bourgs et villages.
L’application de cette déclaration royale va rencontrer une certaine résistance venant du petit peuple, soutenu par le clergé local et une partie des notables. C’est aussi à partir de cette époque que les familles bourgeoises ou nobles se feront construire, comme à St-Cyr, des chapelles funéraires privées à l’intérieur de leur propriété.
En 1804, le décret impérial sur les sépultures, promulgué par Napoléon 1er interdit les inhumations dans les lieux de culte et dans l’enceinte des villes et bourgs. Il établit que les cimetières doivent être transférés à 40 mètres au moins de l’enceinte des villes, que les tombes doivent être égales pour éviter les discriminations entre les défunts, qu’on peut faire sculpter une épitaphe sur les tombes des défunts illustres, que les inhumations doivent avoir lieu dans des fosses séparées, que des concessions peuvent être acquises par les familles. Ce décret a donc une double motivation, sanitaire et idéologique. On remarquera qu’en rétablissant l’individualisation des tombes et les épitaphes, il participe à faire renaitre des coutumes funéraires pratiquées dès l’antiquité.
Il faudra 50 ans à St-Cyr pour que la municipalité, sous la pression du Préfet et des habitants, se décide à appliquer ce décret. Et c’est en 1856, qu’après bien des péripéties, le vieux cimetière médiéval sera remplacé par le nouveau cimetière de Montluc, situé au bout de la rue Gambetta.
Quelques personnalités inhumées au cimetière Montluc
Ainsi, depuis plus de 150 ans, le cimetière de St-Cyr se trouve à l’extérieur du village. Remarquable aussi bien par l’architecture funéraire de ses stèles anciennes que par les personnalités qui y sont inhumées, il mérite à lui seul une visite.
Vous pourrez y découvrir des tombes datant de la création du cimetière, par exemple celles de la famille Loras, dont Jean sera en 1790 le premier maire de St-Cyr.
Vous y découvrirez des tombes de célébrités comme celle de Louisa Siefert, 1845-1877, poétesse, de Jules Kling, 1872-1949, artiste peintre, ou de Louis Touchagues, 1893-1974, artiste peintre.
Vous verrez aussi des tombes de célébrités plus locales : les dames Gayet, victimes d’un triple assassinat en 1859, et dont le drame, qui eut un retentissement national, vous est relaté à l’étape 1 du circuit ; Emile Damidot, dernier ermite de l’Ermitage du Mont Cindre de 1878 à 1910 ; les curés de Saint-Cyr, notamment le curé Ranchon qui, grâce à la chronique qu’il tint dans les registres paroissiaux nous apporte de précieux renseignement sur la vie à St-Cyr dans la 2ème moitié du XVIIIe siècle et le chanoine Chatard auquel nous devons l’église Ste Juliette ; Auguste Gouverne, maire de Saint-Cyr de 1895 à 1926, qui est entre autres à l’origine de la création de l'école du Bourg.
Et bien d’autres !
Louisa Siefert, 1845-1877, poétesse
Vivant à St-Cyr, atteinte de tuberculose dès son enfance et condamnée à des périodes répétées de repos et de cures, elle est attirée très tôt par la littérature et compose des poèmes. Son premier recueil « les Rayons perdus » (1868) est très bien accueilli par Victor Hugo : « Permettez-moi, Mademoiselle, de baiser de belles mains qui écrivent de si beaux vers », par Baudelaire, Rimbaud : « c’est aussi beau que les plaintes d’Antigone dans Sophocle », Leconte de Lisle. La parution de son deuxième recueil de poèmes « l’Année républicaine » la lie encore plus à Victor Hugo. Elle fréquente les célébrités lyonnaises, Paul Chenavard, Edgar Quinet, Joseph Guichard qui peint deux tableaux d’elle : « Louisa Siefert aux Ormes » et « les enfants Siefert ». Etienne Pagny sculpte un buste, qui se trouve au musée des Beaux-Arts de Lyon. D’une famille républicaine engagée, elle participe aux aides aux soldats et aux blessés de la guerre de 1870. Elle écrit pour des journaux lyonnais, publie d’autres recueils de poèmes, un roman, des pièces de théâtre…Elle s’éteint à 32 ans.
Louisa Siefert aux Ormes, Joseph Guichard (1869), musée des Beaux-Arts de Lyon
Louis Touchagues, 1893-1974, artiste peintre
Artiste peintre né à St-Cyr, il arrive à Paris en 1923. Il dessine ou peint la vie parisienne : dessins satiriques, illustrations de livres (Colette, Guitry, Marcel Aymé), décors et costumes de théâtre…. C’est le peintre de la femme, du plaisir et du Tout-Paris ! Ses toiles sont exposées dans des musées étrangers. Il a peint des fresques dans la Chapelle de l’Ermitage au Mont Cindre où sont représentés des habitants de St-Cyr.
Jules Kling, 1872-1949, artiste peintre
« Effet de neige à Saint-Cyr-au-Mont-d'Or », Jules Kling - Musée des Beaux-Arts de Lyon
Artiste peintre, qui vécut à St-Cyr, il a participé à de nombreux salons lyonnais et a peint des portraits et des paysages des Monts d’Or … On peut admirer au Musée des Beaux-Arts de Lyon sa toile "Effet de neige à Saint-Cyr-au-Mont-d'Or.
Emile Damidot, 1839-1910, dernier ermite du Mont Cindre